mardi 28 avril 2020

Province de Gérone : Besalu ¤ Argelaguer (février 2020) 2ème partie


La Garrotxa, entre nature, culture et patrimoine




* Les points rouges concernent cet article - carte active.

Pour voir le début de cette balade  - cf. ICI


Pour situer cette balade, côté espagnol : 

Elle se déroule en Catalogne (une des 17 communautés autonomes d'Espagne), et plus principalement dans la province de Gérone (une des 4 provinces de Catalogne).
Et des 8 comarques de la province de Gérone (grosso modo l'équivalent de nos communes françaises), seules celles de la Garrotxa, de la Baix d'Emporda, de Gironès et de La Selva la concernent.

Pour qu'il soit intéressant, il faut que chaque voyage nous apprenne quelque chose et celui-ci ne devrait pas nous décevoir.

Février n'étant pas la meilleure saison pour circuler, nous délaissons la Haute Garrotxa et ses sommets à 1600 m, les pentes abruptes et rocheuses et nous nous concentrons principalement dans et autour du Parc Naturel de la zone volcanique de la Garrotxa aux faibles dénivelés, au paysage plus en rondeurs.

Voilà, j'ai esquissé les grandes lignes, j'espère vous entraîner avec nous au milieu des volcans et des coulées de basalte, des sentiers qui se perdent sur les pentes vallonnées, dans les ruelles moyenâgeuses des vieux quartiers...bref, vous faire découvrir ce petit coin d'Espagne.




Espagne - Catalogne


Capture d'écran "Via Michelin" et localisation de notre parking.


Et notre premier bivouac espagnol, Besalu !

Eh oui ! Après quelques 4 ans de pratique du cc (camping-car), nous commençons à avoir quelques spots incontournables. 😉
Aussi, nous ne pouvions décemment pas passer à proximité de cette cité médiévale que nous avons tant appréciée et la snober !


Le pont Vell semble avoir subi une énième crue du fleuve Fluvià. D'énormes troncs arrachés des berges en amont sont venus s'écraser contre ses piliers et ses rochers qui affleurent.


Pas de chance, comme en mai 2016, nous ne pouvons visiter le mikvé et devons nous contenter du panneau relatant l'importance du quartier juif. 
Mais je l'aurai un jour, je l'aurai ! 😉


En 2013, la synagogue et la mikvé ont été déclarées Bien Culturel d'Intérêt National par le gouvernement de Catalogne.

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Probablement, quelques vestiges des anciens remparts...


Des panneaux...Aïe ! Mes connaissances linguistiques tant espagnoles que catalanes sont nulles. Quant à espérer que mon latin d'il y a quelques quarante ans me serve à quelque chose...
Bref, j'espère juste que le logiciel d'internet ne me rende pas trop ridicule et ne me fasse pas commettre trop d'impairs. Et ce, pour toutes les traductions concernant ce voyage.
Aussi, je réclame votre indulgence et au cas où je vous remercie par avance de m'informer d'une quelconque erreur de traduction.
Bon, je me lance !
"Ones Forjades" Il apparaît que cette sculpture soit du 28 mars 2015 et qu'elle ait été réalisée en hommage aux 30 ans de Radio Besalu.



Le panneau : 
"Forat de Mezuzà" - 13ème siècle. La mezouzah était un parchemin qui contenait certains textes juifs. Placé dans un étui en cuir ou en métal, il était suspendu au chambranle droit de la porte d'entrée des maisons afin de leur assurer protection."

Sur la place Prat de St Pere, nous trouvons quelques étals. Quelques artisans d'art et des produits "made in".  
Vu l'heure avancée de la journée, ne sont peut-être là que les derniers commerçants d'un grand marché.


L'église Sant Pere, élément majeur de la place, est le seul vestige du monastère bénédictin qui comptait 12 moines et jouissait d'une forte influence politique aux XIIe et XIIIe siècles. Elle ne se dévoile toujours qu'à travers sa grande baie vitrée qui empêche toute intrusion dans l'édifice.


Je suis surprise de voir des géraniums en fleurs en plein mois de février.


Voyager, c'est aussi le plaisir de découvrir. Ici, des gâteaux d'une seule part semble-t-il mais une bonne part alors !


Après les petits gâteaux de bonne taille, un distributeur de charcuterie.


Pause-goûter pour tous les chats du quartier ?



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Décidément, elle me plaît cette porte ! 
En revoyant mon précédent article, je me rends compte que je l'avais déjà prise en photo.



Après ce petit tour, somme toute assez rapide ; nous n'avions pas l'intention de visiter, juste flâner dans les ruelles de la cité...nous retournons au cc. De toutes façons, la nuit va tomber très vite.

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Alors que les feux sont éteints, que nos voisins semblent dormir, une petite virée nocturne s'impose, ça, nous ne pouvions nous en empêcher !



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Le panneau : 
"Monastère de Sant Père - Monastère bénédictin médiéval fondé en 977 par le Comte Miro de Besalu. La première église a été consacrée en 1003 mais l'église actuelle, seule partie restante du monastère d'origine date de la fin du XIIème siècle. Elle se compose de trois nefs et d'un transept et se termine par une seule abside et un déambulatoire. Le cloître gothique, la demeure de l'abbé et les autres dépendances situées au sud ont été démolies au cours des XVIIIème et XIXème siècles."


La façade plutôt austère mais fort imposante présente surtout une fenêtre entourée de part et d'autre par deux lions sous lesquels se trouvent un homme et un singe.
Ils symbolisent la puissance et la protection de l'église qui terrasse le mal et le paganisme.


Sculptures au sommet des deux colonnes du porche :



Plaques incrustées dans la façade :


Que de nids d'hirondelles ! 
Le plus étonnant pour moi est de les trouver déjà habités en février.





Un ancien puits :


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Vous les aviez vues ?
Revenez sur la photo ci-dessus.


Nous débouchons sur une place où une sorte de galerie en surplomb nous permet d'avoir une vue plongeante sur le pont.





Un panneau se trouve dans un coin de la place :

"Manel Fernandez Dilmé (maire de la IIe République) - La proclamation de Manel Fernandez Dilmé (1880-1943) comme maire de Besalu par l'ERC aux élections municipales du 12 avril 1931, a mis fin aux pratiques caciquistes en politique tout en amorçant la transformation de nombreux quartiers. Hormis quelques mois (entre octobre 1934 et février 1936), à la suite de la répression gouvernementale pour les Evénements d'octobre 1934 et d'une brève période pendant la Guerre Civile, Manel Fernandez a été à la tête du Conseil pendant toute la période républicaine. Ses efforts se sont concentrés sur de nombreux chantiers pour améliorer l'éducation, la culture, les travaux publics, l'hygiène. Cela a entraîné l'arrivée générale de l'eau via différentes sources de la ville et la réparation des voies publiques ; aussi, la construction de nouvelles écoles municipales. Pendant la Guerre Civile, le processus de transformation n'a pas cessé, de nouveaux édifices ont été construits dans la rue Llibertat ainsi qu'un canal qui facilite l'irrigation et fin 1936, pour des raisons d'hygiène et de santé publique, l'abattoir municipal est inauguré. Avec le déclenchement de la guerre, le maire Fernandez Dilmé, comme d'autres conseillers a rejoint le Comité de Milice antifaciste de Besalu dans le but de mettre fin aux excès des plus exaltés tout en empêchant la perpétration des violences et les incendies d'églises pendant la guerre, et de contribuer au sauvetage de personnes de droite, ce qui a coûté au maire une tentative de représailles de la part du comité Olot. Quelques jours avant l'arrivée des troupes franquistes à Besalu, le 8 février 1939, Fernandez Dilmé s'exile après un court séjour dans un camp de concentration d'abord et à Perpignan ensuite, le maire franchit clandestinement la frontière pour se cacher à Barcelone où il meurt en 1943."

La traduction a été ardue, peut-être approximative mais j'espère quand même être dans les clous.

Un monument à l'autre bout de la place :



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Nuit calme, il faut dire que l'endroit où nous nous trouvons est un peu reculé.
Le ciel redevenu bien bleu nous ferait presque regretter de quitter Besalu. 


La lumière est belle, je ne peux m'empêcher de prendre quelques photos du pont avant de quitter Besalu.


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Si ça vous intéresse, notre balade de mai 2016 à Besalu - cf. ICI

Nous n'allons guère loin, à 6 km tout au plus.


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Capture d'écran "Via Michelin" et localisation de notre parking proche du Parc d'en Garrell.




Chouette, un panneau avec une partie en français, je vous aide :

"Histoire
Argelaguer est un petit village de la plaine de la Garrotxa, situé à chaque côté de la rivière dans la vallée du fleuve Fluvià sur la route d'Olot à Besalu, entre la rivière Llierca et le ruisseau del Borro. Cette vallée fertile a rendu possible des peuplements humains depuis l'Antiquité comme en témoigne le site archéologique de 900-700 (a.C). En 892, on mentionne le nom d'Argelagorios et en 1004 un autre document mentionne l'église de Santa Maria, romane, commencée au XIe siècle, qui a subi de nombreux changements plus tard. Il faut souligner la relation étroite avec le village du nom de Montpalau. D'abord, ils se sont établis au Château, et à partir du XVe siècle, à la maison fortifiée dans la ville, près de l'église paroissiale. Ce village a joué un rôle important dans la troisième guerre carliste, bien que c'était précisément dans le chemin d'Argelaguer à Tortellà, où une bataille sanglante a eu lieu en Août 1837, relatée magistralement par Marià Vayreda au chapitre "La Barreja" ("Le Mélange") du libre Records de la darrera carlinada (Souvenirs de la dernière carlinade"). La municipalité comprend, outre le village, les quartiers de Guilar avec une église romane du XIIIe siècle situé dans une colline au sud de la ville d'où vous pourrez admirer la plaine à travers laquelle le Fluvià s'écoule et où s'installe le village d'Argelaguer, les Tapioles, l'Hostalnou de Llierca, Sant Sebastià, Santa Magdalena et un grand nombre de fermes dispersées. A sa base comprennent la construction d'écoles construites au cours de la II République, el carrer Major ancienne voie romaine et le chemin et ses environs de l'art monumental formé par l'église paroissiale de Santa Maria et la vieille maison fortifiée ou le château d'Argelaguer. A la périphérie, vaut la peine de s'arrêter aux Cabanes d'en Garrell, une authentique "archéologie contemporaine" comme l'appellent certaines personnes."

Cela me rassure, il n'y a pas que moi qui ai des difficultés linguistiques. 😉

Nous nous garons près du complexe sportif à la sortie du village (en venant de Besalu). 
Coordonnées GPS :  N 42°12'54.0830''  -  E 2°38'17.2370''

Et nous voilà partis pour les Cabanes d'en Garrell qui sont à environ 1.6 km. Il nous faut dépasser la ferme au loin (photo ci-dessus) et prendre un chemin un peu plus loin sur la droite.



Après une marche agréable d'une trentaine de minutes en bordure de champs et par un chemin en forêt, nous voici à l'entrée du site dont l'accès est libre et gratuit.
Coordonnées GPS :  N 42°12'55.6970''  -  E 2°37'55.6550''


Détail du panneau : 


Autre partie du panneau qui montre le plan du site et les 5 endroits où se trouvent les compositions dans le Parc Garrell.



Certains y verront certainement autre chose, voire rien du tout, mais la fontaine me ramène tant à l'univers de Dali qu'à celui du Facteur Cheval. Peut-être est-ce dû au fait qu'elle est l'oeuvre de l'imagination débordante de son auteur, sa faculté à détourner les objets de leur usage usuel.

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Le deuxième endroit, la maison, c' est une construction insolite, faite elle aussi de bric et de broc.



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Quant au labyrinthe, à l'étape suivante, il a plutôt triste mine. Vandalisé, détruit par les intempéries  ? Il ne reste qu'un petit bout de tunnel, bien éloigné de ce que nous présente le panneau.






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La tombe est le quatrième endroit de ce parcours.
Des gravures insolites creusent la roche. Quels secrets ? Quelle signification ? 





Nous voici au bout de ce parcours, au Jardin potager d'en Garrell.


C'est bluffant !
Je ne peux m'empêcher d'admirer cette structure qui paraît si fragile et qui pourtant jusqu'ici a résisté aux intempéries.




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Vue sur le canal d'irrigation de la première cabane de la tour :


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Le musée-malle et sa grotte :




Le jardin potager en préparation :



C'était notre intermède artistique du jour entre chant des oiseaux et nuisances sonores de la route quelque part au-dessus.

Quelques photos sur le chemin en retournant au cc. Je me suis laissée distraire par un bel arbre aux nombreuses ramifications en bordure du chemin, puis par un joli mimosa et un cognassier du Japon à la ferme.




Nous changeons de stationnement pour visiter le village et trouvons une rue large et tranquille tout près de la chapelle Santa Anna.


Quelques panneaux ont été installés en divers lieux stratégiques du village. Certains trouveront peut-être leur lecture fastidieuse, mais je suis férue d'histoire alors...je vous conseille dans ce cas de sauter le paragraphe. 😊


Je me lance !


"Eglise de Santa Anna
Le culte de Santa Anna
Selon les évangiles apocryphes, Anna et son mari Joachim ont eu du mal à assurer leur descendance. Après que Joachim ait demandé un fils à Dieu et qu'il eut jeûné pendant 40 jours et 40 nuits, alors qu'Anna pleurait sur son malheur, un ange les informa qu'ils allaient concevoir un fils. Ce fils fut une fille, Marie qui allait devenir l'épouse de Joseph puis la mère de Jésus.
Santa Anna est la patronne des femmes enceintes et, surtout, de celles qui accouchent.

Bien qu'il date depuis des siècles, dans notre pays, le culte de Santa Anna commence au XIVème siècle.
A Argelaguer, la naissance de ce culte vient d'un miracle survenu en 1453, lorsqu'un homme a été pris au piège par un glissement de terrain dans un puits en construction.
Il semble que l'homme ait invoqué la Sainte et qu'elle ait intercédé en sa faveur, car contre toute attente, il fut retrouvé vivant trois jours plus tard.

Le miracle du puits a considérablement augmenté la dévotion populaire pour la Sainte dans le village, au point de constituer une confrérie en 1460, sise dans la chapelle de Santa Anna.

Une confrérie est une communauté, un rassemblement de croyants attachés à une église ou un oratoire pour célébrer certains actes religieux ou faire acte de piété, honorer plus particulièrement un miracle ou un saint ou exercer des œuvres de charité.

L'architecture de l'édifice
C'est un bâtiment très simple, à nef unique, de plan rectangulaire, orienté à l'est. La nef est recouverte d'une voûte en berceau et l'abside semi-circulaire sans corniche ni fenêtre, s'ouvre directement sur la nef.
Son style et ses éléments, son type traditionnel rural permettent de dater sa construction entre le XIème et le XIIIème siècles.
La porte d'entrée, voûtée et semi-circulaire a une double porte en bois et porte l'inscription "Me fesit an 1848".
La serrure de la porte est typique du travail du fer forgé dans l'art roman catalan.
Terminée en forme de tête de serpent, une incision en zig-zag sur la longueur de la barre évoque la peau écailleuse du reptile. Cependant, il n'est pas possible de la dater avec certitude.

Le vieux porche
Dès sa construction, l'église avait un porche spacieux.
Avec un toit à double pente, soutenu par deux grandes arches en arc brisé, le porche couvrait toute la largeur de l'église et était soutenu aux extrémités par le mur de l'église et celui de la maison en face appelée Can Quelic de la Sila.
De style sobre et gothique traditionnel, le porche a probablement été construit entre le XVème et le XVIème siècle. La première trace manuscrite date de 1554.

Après plus de 400 ans où il a fait partie de la vie des villageois, l'ancien porche de Santa Anna a été démoli sur ordre de l'évêché en 1967.
De nos jours, l'église sert seulement aux manifestations culturelles de la commune.

Saviez-vous que... ?
A cette époque, ce type de porche avait une fonction sociale très importante, c'était un lieu central qui permettait d'être à l'abri des intempéries.
En général, il permettait aux pèlerins sur la route vers Saint-Jacques de Compostelle de souffler, mais il était aussi le lieu de nombreuses activités autres que religieuses favorisées par le passage de la route royale dans le village.
Il existe des documents relatant les plaintes de l'évêque contestant ces activités extra-religieuses, et des interdictions répétées de jouer et de travailler sous le porche.
Jadis, certains voyageurs qui traversaient Argelaguer laissaient leurs charrettes et leurs chevaux attachés sous le porche et se rendaient à "Ca la Cio", la maison qui se trouve toujours à côté de la chapelle de Santa Anna, au n°2 de la Plaza de Santa Anna."


Eglise de Santa Anna

La serrure de la porte de l'église. 
Un serpent ? Un serpent catalan alors !





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Le panneau :

"Le sanctuaire médiéval
Un village sacré
Comme la plupart des municipalités de la Garrotxa, Argelaguer est un village sacré, c'est-à-dire construit autour de son église paroissiale.
L'espace du sanctuaire a été délimité dès l'époque romaine (491 après J.-C.), un rayon de 50 marches (50 pas ou 50 pieds ? Je m'interroge.) a été établi autour des lieux de culte dans lesquels les fugitifs ne pouvaient pas être poursuivis. A l'époque wisigoth, deux siècles plus tard, la zone considérée comme sacrée a été réduite à 30 marches autour des églises et des cimetières, mais ce n'est que bien plus tard, avec la consolidation de la paix et la trêve (promue par l'abbé Oliba au XIème siècle) qu'en Catalogne, les actions violentes furent interdites dans le sanctuaire sous peine d'excommunication.
C'est ainsi que ces endroits se sont renforcés en tant que lieux de protection dans une époque de grande insécurité et de violence et sont devenus de puissants éléments générateurs de communes stables.

Découverte du cimetière paroissial
En 2014, des travaux de réaménagement du centre historique d'Argelaguer ont permis de récupérer les vestiges de l'ancien cimetière d'Argelaguer. Les fouilles archéologiques ont mis à jour 73 sépultures datant du XIème siècle à nos jours. Par conséquent, on peut en déduire que le sanctuaire de Santa Maria d'Argelaguer a été le lieu continu d'enterrements pendant dix siècles.

Types d'inhumations
Dans la nécropole d'Argelaguer, on trouve 3 types de sépultures : 47 tombes en pierre, 15 dans une simple fosse commune et 11 dans un cercueil de bois.
Ces types d'enterrements répondent chacun aux traditions d'une période spécifique et nous permettent de relier la nécropole d'Argelaguer avec d'autres de la même période.

1 - Enterrement dans une tombe en pierre
C'est la forme la plus ancienne, un genre courant des nécropoles médiévales. Réalisées avec beaucoup de soin, situées au nord de l'église, ces tombes ont une forme rhomboïde avec des extrémités droites et sont fermées de dalles verticales sur leurs côtés. Comme c'était la coutume dans le rituel chrétien, elles sont orientées le long d'un axe est-ouest, le crâne se trouvant à l'ouest. Elles sont recouvertes de dalles plates, le défunt est cependant déposé à même le sol, il n'y a aucune dalle à la base. Nous savons aussi que les tombes étaient signalées par une croix ou une pierre tombale.

2 - Enterrement dans une simple tombe
Les morts sont placés dans une fosse creusée directement dans la terre. Avant le XVème siècle, la plupart d'entre elles sont celles d'enfants, seules trois appartiennent à des adultes dont deux représentent un double enterrement car un homme et une femme ont la tête tournée l'une vers l'autre, signe d'un lien familial étroit.

3 - Enterrement dans des cercueils en bois
Plus récents, ce type d'enterrement se confirme grâce à la découverte de restes de clous en fer autour des squelettes. Les objets récupérés auprès des défunts tels que chapelets ou médailles, restes de vêtements, boutons ou boucles de chaussures, etc...permettent de les dater entre le XVIIIème et le XXème siècles.

Saviez-vous que ... ?
Au Moyen-Âge, les morts étaient enterrés uniquement enveloppés d'un drap, telle était la coutume de l'époque : le bon chrétien se présentait devant le Très-Haut sans vêtements ni bijoux, seulement avec sa vie comme référence pour rentrer au Paradis."



Les tombes




Le panneau :

"L'église de Santa Maria
L'incertitude du nouveau millénaire
Aux alentours de l'an 1000, la crainte de l'imminence du Jugement dernier provoque chez les croyants un grand élan de foie et de piété. Les routes s'emplissent de pèlerins et d'importantes donations sont faites à l'Eglise, les anciens temples sont réformés et de nouveaux sont construits.

L'église paroissiale
La première mention écrite de Santa Maria d'Argelaguer date de l'an 1004, au moment où Mgr Odo a réclamé à Bernat Tallaferro la paroisse de "Sanctae Mariae de Argelagario" au profit de l'évêché de Gérone.
A cette époque, l'édifice devait être une petite église préromane dont aucun vestige n'a été conservé.

Aux XIIème et XIIIème siècles, l'église a été reconstruite dans le style roman. Nous pouvons encore aujourd'hui trouver des éléments architecturaux de l'ancienne construction romane, telles que la base du clocher de l'abside, deux colonnes décoratives de l'abside et une serrure murale cachée par une extension du XVIIème siècle.

L'église romane a subi une profonde rénovation au cours du XVème siècle suite aux tremblements de terre dévastateurs de 1427 et 1428 qui ont sévèrement détérioré l'édifice. Celui-ci a dû être reconstruit en tenant compte des structures restées intactes et en utilisant des matériaux provenant des parties démolies. L'abside a ainsi été reconstruite à partir de la base romane, le bâtiment a été doté d'une charpente en bois soutenue par deux grandes arches gothiques.

L'église fut à nouveau modifiée et agrandie en 1573. La nef centrale fut couverte d'une voûte en berceau en pierre, avec des fenêtres en hauteur, le clocher et la porte d'entrée furent également reconstruits.

Plus tard, au XVIIIème siècle, une petite fenêtre (ouverture pratiquée dans un mur pour pouvoir tirer un boulet tout en restant à couvert des tirs ennemis) a été remplacée au-dessus de la porte d'entrée par un œil de boeuf. [... phrase incompréhensible ...] Plus tard, au XIXème siècle, les guerres carlistes ont laissé leur empreinte sur la façade de l'édifice, où les nombreux impacts de balles sont encore visibles.

Malheureusement, le patrimoine artistique de Santa Maria d'Argelaguer a été complètement détruit le 26 juillet 1936. Des saints, des autels et des objets religieux de grande valeur ont été détruits et brûlés, sans qu'il n'en reste quelconques photographies ou illustrations. La seule pièce qui ait survécu à cette destruction presque miraculeusement est la sculpture romane de Saint Damas, qui avait été cachée dans l'une des clefs de voûte du toit de l'église.

Saviez-vous que... ?
De forts et nombreux tremblements de terre ont secoué la Catalogne entre 1410 et 1430. Celui du 2 février 1428, jour de la Chandeleur, avec son épicentre à Comprodon, avec une magnitude de 6.5 a été particulièrement dévastateur.
L'accumulation des tremblements de terre ayant affaibli les structures des bâtiments dans toute la Catalogne, cet énième tremblement de terre a finalement provoqué l'effondrement de nombreux édifices ainsi que la panique générale. Il y a eu beaucoup de morts car le tremblement de terre s'est produit à 8 heures du matin, au moment où les Catalans se trouvaient à la messe [...bout de phrase incompréhensible...]. A Queralbs, par exemple, la quasi totalité de la population est décédée.

La légende de Saint Damas
Saint Damas (Espagne 304 - Rome 384) est le patron d'Argelaguer. Il a été le 37ème pape de l'Eglise catholique. Selon la légende, un meunier d'Argelaguer l'a trouvé avec sa soeur jumelle Irène, tous deux abandonnés dans un panier sur la rivière Fluvià. La gorge près du moulin où les faits se sont déroulés s'appelle toujours San Damas.
Le meunier a adopté et élevé les enfants et il semble qu'un jour ils soient tous les deux partis étudier à Gérone puis à Rome. Là, la mort du pape Libori (en 366) a ouvert la porte de la papauté à Damas qui a vaincu l'antipape Ursi.

Damas était un pape cultivé, épris de poésie et d'archéologie. Durant sa papauté, il va poursuivre l'hérésie et est connu pour avoir introduit le culte des martyrs. Sa grande contribution au christianisme fut la "Vulgata", la révision et la traduction de l'Ancien et du Nouveau Testament en latin vulgaire afin qu'il soit compréhensible pour les gens du peuple.

Le saviez-vous ?
Au Moyen-Âge, les paroisses étaient un élément clé dans l'organisation du territoire et l'épine dorsale de la société rurale.

La paroisse médiévale était un village vivant, une communauté créée autour d'une église et de son recteur avec son territoire et son groupe de paroissiens réunis tant pour recevoir les sacrements,  que pour organiser diverses activités telles des processions, des célébrations religieuses ou des distributions d'aumones.
Les cloches marquaient les heures du jour, les moments de deuil et de joie, de fête et de danger dans la commune.

Pour la grande majorité de la population, la vie était très difficile : mauvaise alimentation, mortalité infantile élevée, travail jusqu'à l'épuisement, paiement des impôts, soumission aux abus, violence extrême...l'espérance de vie d'un fermier était d'une trentaine d'années. Avec toute sa foi, il passait sa vie à travailler et à préparer son âme pour sa vie future car il croyait  fermement que l'Eglise était l'espoir de sa vie éternelle."








Le panneau :

"La route royale

Saviez-vous que... ?
Des wisigoths, des Arabes et des Francs ont emprunté  cette route. Plus tard, les troupes de Napoléon et les armées carlistes. Des routes comme celle-ci, façonnent notre patrimoine historique, elles sont l'une des pièces maîtresses qui nous permettent d'interpréter notre histoire mais aussi de nous rapprocher de la vie quotidienne souvent loin des grands événements historiques.

Une route d'origine romaine
La voie royale est le nom donné à l'époque médiévale aux anciennes voies publiques. Beaucoup de ces routes existaient déjà à la préhistoire, ont été consolidées par les Romains et ont été utilisées et développées tout au long de notre histoire.

La Via Augusta, route principale reliant Rome à Cadix à travers les Alpes et la Gaule pénètre dans la péninsule ibérique via le Col du Portus et traverse l'Empordà du nord au sud.

La Via Annia était une route transversale de la Via Augusta et reliait la plaine de l'Empordà aux régions montagneuses : la Garrotxa, le Ripollès et le Vallespir. De Figueres, elle se dirigeait vers Besalu, passait près d'Argelaguer et traversait la Garrotxa jusqu'à Sant Joan les Fonts. Dans la vallée de Bianya, elle montait à Capsacosta et atteignait le col d'Arès, elle rejoignait en Gaule la Via Domitia.

Il était fréquent de créer un embranchement, voire de détourner la route principale pour accéder à de nombreuses municipalités.  A Argelaguer, la route principale empruntait la Carrer Major mais une voie secondaire contournait le torrent Vinyot, se dirigeait vers l'église paroissiale, puis continuait vers la chapelle Santa Anna, passant probablement devant le château de Montpalau - ou longeait l'église par le sud - avant de se diriger vers la route principale.

Les routes médiévales
Au Moyen Âge, les gens voyageaient beaucoup. Il y avait des relations internationales, le monachisme, l'émigration d'artistes et d'artisans, le commerce, les pèlerinages... Un grand nombre de routes et de chemins sillonnaient le territoire et reliaient châteaux, monastères, églises, villages, fermes, moulins et forges.

Jusqu'au décret de Nova Planta (1715), le réseau des routes royales appartenait au roi et tant les routes que les personnes et les biens qui y circulaient étaient sous sa protection en échange du paiement d'une série de taxes.

Il existe deux principaux types de routes :

1 - Voies de transport, courses ou chaussées.
Probablement héritées des Romains, ces routes n'ont été trouvées que dans les zones plates ; dans de nombreux villages de montagne, les charrettes ne pouvaient y faire que de courts trajets, elles étaient d'ailleurs construites dans le village.

2 - Les routes en fer à cheval ou de bât
Elles étaient les plus fréquentes. Leur largeur permettait le passage d'une personne ou d'un animal, un cheval ou une mule par exemple. Jadis, les chevaux était chaussés de fers et couverts d'un bât pour transporter la cargaison d'où le nom de ces chemins.

Transhumance
Cette route avait une autre utilisation très importante, elle était il y a peu encore une route importante de transhumance, appelée Carrerada de l'Empordà ou Marina, facilitant les mouvements de troupeaux de Nuria, Puigcerda et Alp vers la mer, en passant par Ripoll ou Ribes de Freser, la Vall del Bac, Tortellà, Argelaguer, Besalu et Crespia.

La transhumance est le déplacement des animaux selon le cycle de pâtures : des alpages d'été aux alpages d'hiver situés dans la plaine.

En Catalogne, la transhumance s'est particulièrement développée à partir du XIIème siècle, en raison de l'intérêt des grands monastères pour la production de laine. Son âge d'or remonte aux XVIème et XVIIème siècles, au moment des grandes foires de bétail et où l'industrie était puissante."





Le panneau :

"La maison forte des Montpalau

Le nouveau château-palais de Montpalau
Le XVème siècle coincide avec la fin d'une époque - le Moyen Âge - et l'aube d'une nouvelle - l'humanisme, de très forts contrastes notamment sociaux coexistent. Les derniers sursauts de la féodalité traditionnelle avec ses mauvais usages et le lien forcé de l'agriculteur à la terre survivent surtout dans la vieille Catalogne et coexistent difficilement avec ceux accordés aux cités et aux municipalités royales.

C'est également à cette période que les seigneurs qui habitent les châteaux inhospitaliers de montagne en construisent de nouveaux dans des environnement urbains moins rudes afin de profiter de plus de confort. C'est le cas de la famille de Montpalau qui au début du XVème siècle, peut-être aussi à cause des grands tremblements de terre de 1427 et 1428, décide d'abandonner leur château situé sur une colline sur la commune de Sant Jaume de Lliercat et de construire ce nouveau château, forteresse urbaine plus en phase avec la mode architecturale et les coutumes de la fin du Moyen-Âge.

La maison forte de Montpalau à Argelaguer est un excellent exemple du château-palais gothique civil catalan. Le corps du bâtiment est de plan quadrangulaire avec un toit à quatre pentes et la façade principale à l'ouest. Autrefois, tout le château était muré et avait probablement un fossé. Bien que nous n'ayons aucune trace du fossé, transformé en terrasse, il reste quelques traces du mur autour de la bâtisse.

Bien que la façade ait été considérablement modifiée au cours des siècles passés, on peut encore voir le portail caractéristique  à voussoir, avec les restes d'un grand matacàn situé juste au-dessus et deux fenêtres gothiques.

Le matacàn était un endroit sûr d'où les défenseurs pouvaient voir et attaquer l'ennemi. Situé au-dessus d'une porte d'entrée, il consistait en une plate-forme trouée, en surplomb, de laquelle on pouvait lancer pierres, matériaux brûlants et autres projectiles sur les assaillants.

A côté du portail, vous pouvez voir une pierre avec des boucliers gravés. Sur celui du centre, le château sur une petite colline est celui de la famille Montpalau et correspond à celui des louanges sépulcrales de l'église. Les deux autres côtés correspondraient à d'autres lignées liées aux Montpalau.

Les murs du fort sont faits de roche volcanique et de pierres grossières - c'est-à-dire non travaillées, seulement extraites de la carrière et assemblées avec du mortier de chaux - les arêtes ont été retirées après la pose. Des pierres de taille en calcaire surmontent les angles de la bâtisse ce qui lui donne plus de force et de solennité.

La famille Montpalau a séjourné au château-palais d'Argelaguer jusqu'au milieu du XVIIème siècle, moment où elle s'est définitivement installée à Barcelone.

Savez-vous que... ?
Selon l'inventaire du château d'Argelaguer du 13 mars 1568, le rez-de-chaussée de la place forte abritait les écuries et les habitations du personnel. Un large escalier d'une vingtaine de marches à section unique menait aux chambres spacieuses du premier étage. Trois portes basses avec des linteaux et des montants ornés de remarquables motifs gothiques mènaient à la cuisine - située à droite avec sa grande cheminée - et à une spacieuse pièce carrée au beau plafond en plâtre."


Espagne - Catalogne




Le panneau :

"Argelaguer, village d'eau

Argelaguer est situé dans la vallée de la rivière Fluvià et au milieu de deux de ses principaux affluents : La Llierca et la Borro. Un torrent - le torrent Vinyot - passe au milieu du village et la commune est traversée par plusieurs ruisseaux dont certains naissent même à Argelaguer.

L'eau a façonné l'identité de la commune tant sur le plan économique que social, impactant le sport et les loisirs. Les rivières et ruisseaux fournissaient de l'énergie aux anciens moulins du village, des matériaux de construction et du bois de chauffage aux villageois, de la nourriture en cas de besoin, de l'eau et des pâturages pour le bétail, de quoi irriguer le verger, un endroit pour laver le linge, tout en constituant un espace ludique, pour marcher, se baigner, se délasser - les fontaines étaient aussi un espace important pour les relations humaines et il y avait beaucoup de vie autour d'elles.
Pour l'orographie, Argelaguer est un territoire riche en sources. La plus importante est l'Aiguaneix del Jonquet, dans le canal d'irrigation des Orriols. On peut trouver plus d'une vingtaine de sources à différents points de la commune.

L"Aiguaneix est l'endroit où un courant d'eau souterraine apparaît à la surface du sol et d'où il prend sa source en tant que tel, rivière ou ruisseau."





Hou ! Hou ! Toujours là ? 

Ouf ! Si vous me lisez, c'est que je ne vous ai pas perdus en route ! 😀

Le village est assez petit, la visite par conséquent a été plutôt rapide. D'autant plus que chapelle, église et château étaient fermés...
Elle a été néanmoins intéressante. Le soleil et la température agréable incitaient à la flânerie. Ma seule frustration, ne rien comprendre aux panneaux !

Le temps de trouver du pain et nous reprenons la route pour le village suivant où nous espérons trouver un coin pour déjeuner. 
A très vite, le temps de faire un peu moins de 10 kilomètres...





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2 commentaires:

  1. De très belles photos et de commentaires . Merci pour cette visite

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  2. Coucou Brigitte,

    Le site du jardin d'En Garrell est vraiment bluffant mais fait peur quand même ! En tout cas une belle balade et j'ai noté pour une prochaine fois peut-être. Toujours de très beaux scraps, j'adore celui du cognassier du Japon et du mimosas. Merci pour ce partage et à très bientôt. Bise charentaise. marie

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